Manifeste plateforme Protégeons Ulldeter
MANIFESTE
Un groupe de personnes de la Vallée de Camprodon, auxquelles se sont ajoutées des entités de tout le territoire, y compris de la Catalogne Nord, alertées par les informations qui circulent par rapport à un futur projet de requalification de Vallter qui pourrait grandement affecter le Circ de Morens i d’Ull de Ter ainsi que la vallée de Carlat, a analysé la situation et la proposition qui est faite et nous avons mis par écrit quelques arguments qui nous semblent devoir être pris en compte.
Actuellement, le projet est en phase de Pla Especial Urbanístic (Plan spécial d’urbanisme) soumis à approbation à Girona. Il inclut toute une série d’actions qui, sous couvert de développement durable et de renaturalisation, mettent le paysage et les milieux naturels au service d’une opération commerciale. L’ information qui a été donnée jusqu’à présent au sujet de cette initiative n’a été ni très claire ni concrète, laissant la porte ouverte à toutes sortes de conjectures au sein de la population de la Vallée de Camprodon, probablement parce que c’est la manière dont on prétend nous l’imposer en nous mettant devant le fait accompli.
Vallter SA est une entreprise financée avec de l’argent public depuis des décennies. De fait, ses activités qui ont toujours été présentées comme une bénédiction pour le territoire ont dû recevoir des aides du capital public depuis les années 80 du siècle dernier pour pouvoir se maintenir. Actuellement, l’obsolescence des installations (par absence d’investissement) et le faible rendement économique (absence de revenus suffisants) ont conduit la station à une impasse. Et pour tenter de surmonter cette profonde crise d’endettement, l’entreprise envisage des altérations du territoire qui vont au-delà de ce qu’une simple concession d’exploitation prévoit afin de dynamiser l’entreprise mais sans tenir compte des graves répercussions sur l’environnement naturel et sur le tissu social et économique de la vallée.
Encore que Vallter SA soit une entreprise qui fonctionne suivant les critères du marché, il est indispensable que les actions et activités qui se développeront à terme, puissent tenir compte de la sensibilité du territoire à travers les processus de participation citoyenne qui seront nécessaires. Non seulement parce que l’entreprise est soutenue par de l’argent public, mais aussi parce que les actions projetées ne sont pas en vase clos et qu’elles altéreront les moyens d’accès à la montagne et auront, par la fréquentation induite, un impact sur les milieux fragiles et les espaces naturels protégés.
Le projet
Un projet touristique pour toute l’année à Vallter est réalisable sans avoir à construire un télécabine, même si la proposition du Plan Spécial d’Urbanisme (PEU) dit le contraire. Le plan est basé sur le transfert des zones de stationnement à une altitude inférieure pour « nettoyer » les environs de Vallter. Il semble qu’en dehors de la re-naturalisation de ces espaces, il n’y ait rien de proposé. Mais les parkings et l’accès ne sont pas une fin en soi. De fait, l’un des problèmes économiques de Vallter est que seuls 30 % des véhicules qui y stationnent payent un forfait de ski ; c’est-à-dire que 70 % des personnes veulent accéder à l’altitude de 2000 m pour y effectuer des activités sans lien avec la station, et cela n’apporte pas de recettes à la station tout en occupant des places de stationnement. Pour avoir une station de montagne qui fonctionne toute l’année, la proposition d’activités doit être élaborée et adaptée au territoire, ce qui la rendra plus fructueuse. En effet, l’attrait qui suppose déjà un environnement privilégié et à bien des égards unique est plus précieux que les attractions potentielles qui y seront construites, surtout si elles existent déjà sur d’autres sites du territoire.
Il y a longtemps que nous entendons parler de «Vallter 365», mais en cinq ans rien n’a été fait dans cette direction ; pratiquement aucune activité de montagne ou de sensibilisation à l’environnement n’a été promue. Il n’y a pas non plus eu de partenariat avec les guides et les entreprises du territoire qui pourraient apporter des connaissances et des propositions. Tout a été misé sur la restauration, avec notamment la cafétéria La Portella et le restaurant Les Marmottes, mais pas dans les activités sportives ou de nature. Dernièrement encore, des activités « nouvelles » ont démarré avec un circuit de motos électriques pour les enfants. Bien sûr, cette activité n’est pas le modèle le plus approprié pour montrer que l’entreprise fait un rapprochement durable avec les activités de montagne et nous fait craindre l’installation d’un futur parc d’attractions.
Tel que le Plan Spécial d’Urbanisme est présenté, il donnerait l’impression que Vallter a fait un tournant vers la nature et sa conservation, car il parle de réduire les pistes et de démonter les remontées mécaniques. Mais si nous faisons la lecture en connaissance de cause, nous comprenons que les installations de Xemeneies seront démontées parce qu’il s’agit d’un secteur avec peu d’enneigement et beaucoup d’ensoleillement ; dans un contexte de changement climatique, son maintien est insoutenable ! Dans le même temps, les remontées mécaniques citées sont absolument obsolètes et nécessiteraient un investissement exorbitant. Ce n’est donc pas qu’ils misent sur l’environnement, c’est que les installations ne servent plus. Et dans ces conditions, le télécabine serait le salut. Il en résultera un accès aux pistes sans les remontées mécaniques, mais le plus important en termes de viabilité économique sera l’implantation d’un péage pour l’accès à la montagne que nous paierons dans tous les cas, que nous allions à la station ou que nous voulions simplement faire un tour en montagne.
Actuellement, il y a déjà une dégradation évidente du cirque de Morens, aux abords des sources du Ter, par la forte affluence des randonneurs. Le Parc Natural de les Capçaleres del Ter i del Freser, comme il le fait dans d’autres zones présentant une fréquentation excessive, tente de réguler cet afflux avec des mesures telles que le balisage des chemins au Coll de la Marrana et à la Portella de Mentet, par exemple. Par ailleurs, les réserves naturelles de Catalogne-Nord soufrent de cette surfréquentation (près de 40.000 personnes ont été comptabilisées en 2024, essentiellement en provenance de Vallter) et constatent déjà un impact important sur la flore et la faune.
Avec la construction d’un télécabine, Ferrocarrils (l’entreprise gestionnaire de Vallter) a prévu de monter 2.000 personnes par heure jusqu’au terminus à 2500 m. Que feront toutes ces personnes (potentiellement 16.000 personnes par jour) quand elles seront en haut ? Où est le développement soutenable qu’ils prêchent ? Comment allons-nous protéger les espèces endémiques et les plus menacées ?
Ne serait-il pas magnifique que nos sommets soient plutôt l’objet d‘une proposition radicalement différente basée sur les valeurs naturelles, la tranquillité et le silence, la préservation des espaces et des habitats naturels et la promotion d’un usage respectueux, soigné et adapté à l’environnement ?
Nous réclamons :
En tant qu’habitants de la vallée, en tant que défenseurs de notre territoire et de nos paysages, nous ne voulons pas rester sans rien dire. La création du Parc Natural de les Capçaleres del Ter i del Freser et les autres formes de protection de nos montagnes ont été le fruit de luttes et de mobilisations de nombreuses personnes pendant de nombreuses années. Nous restons mobilisés pour défendre à nouveau notre patrimoine et notre façon de vivre et nous nous constituons en Plateforme pour défendre le berceau de la culture excursionniste.
Bien sûr, nous comprenons que la station de Vallter a été importante dans l’histoire de la vallée et qu’elle fait partie de sa dynamique économique et nous pensons qu’il est important d’essayer de la maintenir comme station de montagne. Et pour cela nous réclamons :
– que le processus de validation du Plan Spécial d’Urbanisme soit arrêté ;
– que la Mairie de Setcases, avec le soutien des administrations nécessaires, ouvre un processus participatif dans lequel :
– les habitants de la vallée et les personnes intéressées pourront être informées de l’ensemble du projet initial.
– tout le monde pourra apporter des idées qui contribueront à définir le futur de la station.
– le projet final définisse un modèle pilote de station de montagne tout en recueillant un large consensus territorial.
Juillet 2025
